Le 24 juin 2026, Tunis a accueilli l’Energy Modeling Workshop – Tunis 2026, une rencontre scientifique organisée dans le cadre du projet OM4A-Tunisia / OpenMod4Africa, financé par le programme Horizon Europe. Porté en Tunisie par le Laboratoire d’Études des Systèmes Thermiques et Énergétiques (LESTE), relevant de l’École Nationale d’Ingénieurs de Monastir (ENIM), Université de Monastir, cet atelier a réuni chercheurs, universitaires, ingénieurs, doctorants, experts et partenaires institutionnels autour d’un enjeu stratégique : mieux outiller la Tunisie pour penser, simuler et planifier son avenir énergétique.

Participants à l’Energy Modeling Workshop – Tunis 2026, organisé dans le cadre du projet OM4A-Tunisia / OpenMod4Africa, autour des enjeux de modélisation énergétique, de planification des systèmes électriques et de transition énergétique.
Un événement scientifique au service de la transition énergétique
La transition énergétique ne se résume pas à installer davantage de panneaux solaires ou d’éoliennes. Elle suppose une vision d’ensemble, capable d’anticiper l’évolution de la demande électrique, les contraintes du réseau, les besoins d’investissement, les coûts, les émissions, la sécurité d’approvisionnement et les choix technologiques de long terme.
Dans ce contexte, l’Energy Modeling Workshop – Tunis 2026 a mis en lumière un domaine encore peu visible du grand public, mais devenu essentiel pour les décideurs : la modélisation énergétique. Celle-ci permet de tester plusieurs scénarios avant d’engager des décisions coûteuses et durables. Elle aide à comprendre ce qui pourrait se produire si la part des énergies renouvelables augmente, si la demande progresse, si le réseau doit être renforcé ou si de nouvelles solutions de flexibilité, comme le stockage, deviennent nécessaires.
Comprendre aujourd’hui les choix énergétiques de demain
Pour un pays comme la Tunisie, confronté à des défis énergétiques, économiques et environnementaux majeurs, la capacité d’anticipation devient un levier stratégique. Les décisions prises aujourd’hui dans le secteur de l’énergie auront des effets pendant plusieurs décennies : sur les infrastructures, les coûts de production, la sécurité du réseau, l’intégration des renouvelables et la compétitivité de l’économie nationale.
C’est précisément là que la recherche universitaire peut jouer un rôle central. En mobilisant des données, des modèles et des outils d’analyse, elle permet d’éclairer les choix publics sur des bases scientifiques, transparentes et reproductibles. La transition énergétique ne peut pas être improvisée : elle doit être préparée, comparée, simulée et discutée.
L’atelier de Tunis s’inscrit dans cette logique. Il a offert un espace d’échange entre scientifiques, ingénieurs et acteurs institutionnels autour des méthodes capables d’accompagner la planification énergétique nationale.
OM4A-Tunisia : des outils ouverts pour éclairer la décision
Le projet OM4A-Tunisia, intitulé Open Modelling Toolbox for Development of Long-Term Pathways for the Energy System in Tunisia, s’inscrit dans l’initiative OpenMod4Africa. Son objectif est de développer et de diffuser des outils ouverts de modélisation énergétique adaptés aux trajectoires de long terme des systèmes énergétiques africains.
En Tunisie, le projet est porté par le LESTE-ENIM, au sein de l’Université de Monastir. Cette implication confirme le rôle croissant des laboratoires universitaires tunisiens dans les grands projets de recherche appliquée, notamment ceux liés à l’énergie, à la transition écologique et à la coopération scientifique internationale.
Au-delà de l’usage de logiciels spécialisés, OM4A-Tunisia vise à développer une culture de la planification fondée sur les données, la rigueur scientifique et la transparence des hypothèses. L’enjeu est de permettre aux chercheurs, ingénieurs et décideurs de comparer plusieurs trajectoires énergétiques possibles, en tenant compte des contraintes techniques, économiques et environnementales du pays.

L’équipe OM4A-Tunisia / LESTE-ENIM, engagée dans le renforcement des capacités nationales en modélisation énergétique.
La modélisation énergétique, un laboratoire virtuel
La modélisation énergétique peut être présentée comme un laboratoire virtuel. Elle permet de représenter le fonctionnement futur d’un système électrique et de simuler différents scénarios : augmentation du solaire et de l’éolien, croissance de la demande, évolution des coûts des technologies, besoin de stockage, renforcement du réseau, contraintes de fiabilité ou réduction des émissions.
Grâce à ces outils, il devient possible de répondre à des questions concrètes : le réseau peut-il absorber davantage d’électricité renouvelable ? Où les congestions risquent-elles d’apparaître ? Quelles capacités de stockage seraient nécessaires ? Quels choix permettent de réduire les émissions sans fragiliser l’approvisionnement ? Quels investissements sont prioritaires ?
La modélisation ne remplace pas la décision politique. Elle permet plutôt de mieux la préparer. Elle ne donne pas une réponse unique, mais elle aide à comparer les options, à identifier les risques et à construire des trajectoires plus robustes.
L’université tunisienne comme acteur stratégique
À travers cet atelier, le LESTE, l’ENIM et l’Université de Monastir confirment que l’université tunisienne n’est pas seulement un espace de formation. Elle est aussi un lieu de production d’expertise, d’innovation appliquée et de contribution aux politiques publiques.
La participation de chercheurs, doctorants, étudiants et ingénieurs à ce type de rencontre contribue à former une nouvelle génération de compétences nationales. Ces profils seront appelés à accompagner l’intégration des énergies renouvelables, la modernisation des réseaux électriques, l’analyse des scénarios énergétiques et le dialogue entre science, industrie et institutions.
Cette dimension est essentielle. Une transition énergétique durable ne peut pas dépendre uniquement d’expertises externes. Elle doit s’appuyer sur des compétences locales capables de produire des analyses adaptées au contexte tunisien, de maîtriser les outils de simulation et de participer à la construction de décisions éclairées.
Une coopération euro-africaine autour des systèmes énergétiques
L’Energy Modeling Workshop – Tunis 2026 s’inscrit également dans une perspective internationale. À travers OpenMod4Africa, il participe à une dynamique de coopération entre la Tunisie, l’Europe et l’Afrique autour des systèmes énergétiques, des outils open source et du partage des connaissances.
Cette dimension euro-africaine est particulièrement importante. Les systèmes énergétiques africains font face à des défis spécifiques : croissance de la demande, accès à l’énergie, financement des infrastructures, intégration des renouvelables, résilience des réseaux et adaptation aux contraintes locales. En participant à cette dynamique, la Tunisie renforce ses propres capacités tout en contribuant à une réflexion régionale sur les trajectoires énergétiques du continent.
L’atelier a ainsi permis de valoriser une approche ouverte, collaborative et scientifique de la transition énergétique. Il a également montré que les universités tunisiennes peuvent prendre part à des réseaux internationaux de recherche et produire une expertise utile au-delà du cadre national.
Former, modéliser, décider
Les retombées d’un tel événement dépassent largement la journée scientifique elle-même. Elles concernent la montée en compétences, la structuration d’une expertise nationale, le rapprochement entre recherche et décision publique, ainsi que le positionnement international de la recherche tunisienne.
En réunissant chercheurs, ingénieurs, doctorants et partenaires institutionnels autour de la modélisation énergétique, l’Energy Modeling Workshop – Tunis 2026 rappelle une idée fondamentale : la transition énergétique ne se décrète pas seulement, elle se construit. Elle nécessite des données fiables, des outils rigoureux, des compétences formées et une capacité collective à penser le long terme.
À travers OM4A-Tunisia, le LESTE-ENIM et l’Université de Monastir contribuent à faire de la recherche universitaire un levier d’aide à la décision. Dans un secteur aussi stratégique que l’énergie, cette contribution est essentielle pour préparer des choix plus transparents, plus robustes et mieux adaptés aux besoins de la Tunisie.
L’événement de Tunis confirme ainsi le rôle que peut jouer l’université tunisienne dans les grandes transitions nationales : former, modéliser, éclairer et accompagner les décisions qui façonneront l’avenir énergétique du pays.
Hanen BERRIRI

