L’Agence Tunisienne d’Évaluation et d’Accréditation (ATEA) poursuit la modernisation du système national d’évaluation de la recherche scientifique.
Les 16 et 17 juillet 2026, une deuxième session de concertation a permis d’approfondir les travaux d’élaboration des futurs référentiels nationaux et de préparer les outils qui serviront aux prochaines campagnes d’évaluation.
Organisé avec le soutien de l’Ambassade de France en Tunisie, dans le cadre du projet Horizon Recherche, cet atelier national a réuni un large éventail d’acteurs institutionnels, scientifiques et socio-économiques. Des représentants du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, des établissements et centres publics de recherche, de la CNDST, des technopôles, des incubateurs, de la société civile et du secteur économique, ainsi que des experts nationaux et internationaux, ont contribué aux échanges.
L’objectif : consolider les projets de référentiels et construire un dispositif d’évaluation adapté aux réalités du système tunisien, tout en tenant compte des standards internationaux.
Une concertation élargie pour des référentiels adaptés aux enjeux nationaux
Dans le prolongement des travaux menés les 14 et 15 juillet avec les acteurs du monde académique, cette deuxième session a élargi la réflexion à l’ensemble des parties prenantes. Les discussions ont porté sur les dimensions institutionnelles, stratégiques et socio-économiques de l’évaluation de la recherche.
Les participants ont notamment examiné la capacité des futurs référentiels à prendre en compte la diversité des missions des structures de recherche, à mieux valoriser les résultats scientifiques, à favoriser le transfert technologique et l’innovation, ainsi qu’à mesurer la contribution de la recherche au développement économique et social de la Tunisie.
Une attention particulière a été accordée aux critères et aux éléments de preuve nécessaires à une évaluation pertinente et opérationnelle. Production scientifique, diffusion des connaissances, partenariats nationaux et internationaux, valorisation des résultats, innovation, entrepreneuriat et impact socio-économique figurent parmi les dimensions examinées.
À travers cette démarche, l’ATEA entend mettre en place un système d’évaluation transparent, fondé sur des critères partagés et suffisamment souples pour tenir compte des spécificités des différentes structures de recherche.

Des critères objectifs pour renforcer la transparence de l’évaluation
Intervenant lors de l’atelier, Abed Ltif Boudabous, ancien président du Comité National d’Évaluation des Activités de Recherche Scientifique (CNEAR), a souligné l’importance de l’harmonisation des critères d’évaluation applicables aux laboratoires, aux centres de recherche, aux écoles doctorales ainsi qu’aux projets et programmes scientifiques.
Il a rappelé que cette évaluation devra s’appuyer sur des indicateurs objectifs et vérifiables, notamment la qualité des productions scientifiques, les brevets, les partenariats nationaux et internationaux et les financements mobilisés.
L’intervenant a également insisté sur l’autonomie technique de l’ATEA dans la conduite des évaluations et sur la nécessité de garantir aux établissements une meilleure visibilité des critères retenus. Une clarification des exigences constitue en effet un levier essentiel pour permettre aux structures concernées de mieux préparer leurs démarches d’évaluation et d’inscrire leurs activités dans une logique d’amélioration continue.
Simplifier les procédures et renforcer les moyens de la recherche
Au-delà des outils d’évaluation, les échanges ont mis en évidence plusieurs attentes des chercheurs concernant l’évolution de leur environnement professionnel.
Ali Abdallah, chercheur à l’Institut des Études Économiques et Sociales de Tunisie, a notamment souligné la nécessité d’accompagner cette réforme par une simplification des procédures administratives, un renforcement des mécanismes de financement et une amélioration des conditions de mobilité internationale.
Il a également rappelé l’importance de consolider les liens entre les universités, les entreprises, les institutions publiques et la société civile. Le développement de telles coopérations apparaît essentiel pour favoriser l’innovation, faciliter le transfert des connaissances et renforcer la valorisation des résultats scientifiques.
L’enjeu dépasse ainsi la seule mise en place de nouveaux critères d’évaluation : il s’agit également de créer un environnement propice à la production scientifique, à la coopération et à l’émergence de solutions répondant aux besoins de la société et de l’économie tunisiennes.
L’expertise internationale au service de l’amélioration continue
La dimension internationale des travaux a été renforcée par la participation de Marilena Mianaci, membre du conseil d’administration de l’Agence nationale italienne d’évaluation du système universitaire et de la recherche (ANVUR) et experte auprès du réseau européen ENQA.
Elle a salué l’approche participative adoptée par l’ATEA, estimant que les référentiels d’évaluation doivent avant tout constituer des instruments d’amélioration continue, plutôt que de simples outils de contrôle.
Elle a également souligné la contribution des quatre journées de concertation à l’enrichissement progressif des projets, grâce à la mobilisation des communautés académiques, des institutions publiques et des partenaires socio-économiques.
Pour l’experte, l’évaluation doit certes prendre en compte la qualité scientifique et la gouvernance des établissements, mais également intégrer les retombées économiques et sociétales des activités de recherche. Cette approche permet de mieux apprécier la place de la recherche dans les dynamiques d’innovation et de développement.
Vers de nouvelles grilles d’évaluation de la recherche tunisienne
Pour sa part, Samia Menif, directrice générale de l’Institut Pasteur de Tunis, a présenté cette deuxième session comme une étape importante dans la consolidation technique des référentiels et la préparation des futures grilles d’évaluation.
Elle a notamment souligné la nécessité de mieux intégrer la valorisation des résultats scientifiques et d’apprécier les activités de recherche selon une approche globale, associant les dimensions institutionnelles, stratégiques et socio-économiques.
À l’issue de ces deux journées de travaux, les participants ont poursuivi la consolidation des référentiels, des guides méthodologiques et des outils qui serviront de base aux prochaines campagnes nationales d’évaluation de la recherche scientifique.
Cette démarche collective marque une nouvelle étape dans la volonté de l’ATEA de promouvoir un système d’évaluation plus transparent, cohérent et adapté aux défis actuels. À terme, l’ambition est de renforcer la qualité des activités scientifiques, d’accroître la visibilité internationale de la recherche tunisienne et de mieux valoriser sa contribution au développement économique et social du pays.

