Recherche scientifique en Tunisie : de la course aux publications à l’exigence de l’impact sociétal

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Évaluation des écoles doctorales, qualité des travaux de recherche et contribution au développement socio-économique : les échanges organisés par l’ATEA mettent en lumière la nécessité de repenser les critères d’évaluation de la recherche scientifique en Tunisie.

Le 3 septembre 2026, l’Agence Tunisienne d’Évaluation et d’Accréditation (ATEA) a organisé un atelier intitulé « Sensibilisation sur l’assurance qualité externe de la recherche scientifique : de l’évaluation des écoles doctorales ». Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet FEF HORIZON, consacré à la recherche et bénéficiant de l’appui du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France en Tunisie.

Réunissant des professeurs et des enseignants universitaires impliqués dans la recherche scientifique, cet atelier a permis de mettre en avant un enjeu majeur pour l’enseignement supérieur tunisien : faire évoluer les pratiques d’évaluation de la recherche afin de mieux apprécier, au-delà des performances quantitatives, la qualité des travaux doctoraux et leur contribution effective à la société.

Repenser l’évaluation : ne plus se limiter aux indicateurs quantitatifs

Le nombre de publications scientifiques constitue un indicateur important de l’activité des chercheurs. Toutefois, il ne saurait, à lui seul, refléter la valeur d’un travail de recherche, sa portée scientifique ou sa capacité à répondre aux besoins de la société.

C’est précisément sur cette distinction entre quantité et qualité que les participants à l’atelier ont attiré l’attention. L’évaluation de la recherche doit s’appuyer sur des critères qualitatifs complémentaires aux métriques habituellement utilisées, afin de mieux apprécier la pertinence des travaux, leur rigueur scientifique, leur originalité et les perspectives qu’ils ouvrent.

L’objectif n’est donc pas d’abandonner les indicateurs quantitatifs, mais de leur redonner leur juste place dans une approche plus globale. Une telle évolution permettrait de mieux reconnaître la valeur réelle des recherches menées dans les universités et les établissements d’enseignement supérieur, tout en encourageant les doctorants à privilégier la qualité, l’innovation et la pertinence de leurs travaux.

Les écoles doctorales au cœur de l’assurance qualité

L’atelier organisé par l’ATEA s’inscrit également dans une démarche de sensibilisation et de formation à la méthodologie d’évaluation de la recherche scientifique, notamment à travers l’évaluation des écoles doctorales.

Cette démarche invite à examiner plus attentivement le parcours du doctorant, depuis le dépôt de son projet de thèse jusqu’à la soutenance, en passant par les différentes étapes de progression de ses travaux.

Au-delà des résultats obtenus et des publications réalisées, l’évaluation peut ainsi prendre en considération la cohérence de la démarche scientifique, la progression du projet, la pertinence des résultats et les apports du travail doctoral à son domaine de recherche.

Une telle approche permettrait de mieux apprécier la qualité du processus de recherche lui-même, et pas uniquement les résultats quantifiables produits au cours du parcours doctoral.

Elle pose également la question de la responsabilité des écoles doctorales et des structures de recherche dans l’accompagnement des jeunes chercheurs, ainsi que dans la promotion d’une culture de la qualité fondée sur l’exigence scientifique, la pertinence des travaux et leur utilité potentielle.

Vulgariser la recherche pour rapprocher l’université de la société

Un autre enseignement important des échanges concerne la capacité des chercheurs à faire connaître leurs travaux au-delà du cercle universitaire.

La vulgarisation scientifique constitue, à cet égard, un levier essentiel. Il ne suffit pas de produire des connaissances : encore faut-il pouvoir les expliquer, les rendre accessibles et montrer en quoi elles peuvent contribuer à la compréhension ou à la résolution de problématiques concrètes.

La capacité d’un doctorant à communiquer sur ses recherches, à en expliquer les résultats et à les mettre en perspective avec les besoins de la société mérite ainsi une attention particulière. Cette démarche favorise le dialogue entre les chercheurs, les citoyens, les acteurs économiques et les décideurs publics.

Elle contribue également à renforcer la visibilité de la recherche tunisienne et à faire de l’université un acteur plus présent dans les débats et les choix qui concernent l’avenir du pays.

L’enjeu est donc de donner à la recherche scientifique une place plus importante dans l’espace public, en encourageant les chercheurs à partager leurs connaissances et à démontrer leur pertinence au-delà des publications spécialisées.

De la production scientifique à l’impact socio-économique

La Tunisie dispose de compétences universitaires et scientifiques qui constituent un atout pour son développement. Selon les constats évoqués lors de l’atelier, le pays a déjà acquis une capacité notable à produire des publications scientifiques au regard de sa population. Toutefois, cette production ne se traduit pas nécessairement par un impact proportionnel sur la société.

Ce décalage soulève une question fondamentale : comment mieux transformer les connaissances scientifiques en solutions, en innovations et en contributions concrètes au développement national ?

L’impact de la recherche ne se mesure pas uniquement à travers le nombre d’articles publiés ou leur diffusion dans les revues scientifiques. Il peut également s’apprécier à travers la capacité des travaux à éclairer une décision publique, à favoriser une innovation, à répondre à un besoin socio-économique ou à contribuer à la résolution d’un problème collectif.

Cette perspective appelle à renforcer les liens entre les universités, les centres de recherche, les entreprises et les différentes composantes de la société. Elle suppose également de mieux valoriser les travaux susceptibles de répondre aux priorités nationales, sans pour autant négliger la recherche fondamentale, dont les retombées peuvent être déterminantes à plus long terme.

Énergie, eau : des défis qui interpellent la recherche tunisienne

Les crises et les difficultés auxquelles la Tunisie est confrontée en 2026, notamment dans les domaines de l’énergie et de la qualité de l’eau, illustrent l’importance d’une recherche scientifique davantage connectée aux besoins du pays.

Face à ces défis, l’université est appelée à jouer pleinement son rôle en mobilisant ses compétences, en produisant des connaissances fiables et en contribuant à l’identification de solutions adaptées au contexte national.

Qu’il s’agisse de l’efficacité énergétique, de la gestion durable des ressources hydriques, de la qualité de l’eau ou de l’innovation technologique, les travaux scientifiques peuvent apporter des éclairages précieux aux décideurs et aux acteurs concernés.

Pour cela, il est essentiel de favoriser les conditions permettant aux résultats de la recherche de dépasser le cadre académique et d’être mieux pris en compte dans les stratégies de développement.

Une politique d’évaluation qui valorise davantage la pertinence et l’impact des travaux pourrait contribuer à encourager cette orientation, en incitant les chercheurs à mieux articuler leurs objectifs scientifiques avec les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du pays.

Vers une nouvelle culture de l’évaluation de la recherche

Les échanges de l’atelier organisé par l’ATEA mettent ainsi en évidence la nécessité de faire évoluer les pratiques d’évaluation de la recherche scientifique en Tunisie. L’enjeu consiste à construire une approche équilibrée, associant les indicateurs quantitatifs à des critères qualitatifs capables de mieux rendre compte de la richesse des travaux, de leur rigueur et de leur contribution potentielle au développement.

Cette évolution concerne aussi bien les doctorants que les directeurs de thèse, les responsables des écoles doctorales et les structures de recherche. Elle implique de promouvoir une vision de la recherche qui ne se limite pas à la production de publications, mais qui encourage également la diffusion des connaissances, l’innovation et le dialogue avec la société.

À terme, l’ambition est de renforcer la place de la recherche scientifique dans les grandes transformations que connaît la Tunisie et de mieux mobiliser le potentiel de ses universités face aux défis nationaux.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de publications la recherche tunisienne produit, mais aussi ce qu’elle apporte à la société, comment elle transforme les connaissances en solutions et dans quelle mesure elle contribue à préparer l’avenir du pays. C’est dans cette capacité à associer excellence scientifique et impact sociétal que réside l’un des enjeux majeurs de l’évolution de l’enseignement supérieur et de la recherche en Tunisie.

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